Électronique | Informatique | Art Niveau: Vulgarisation Florian Strzelecki

Depuis que je fréquente Hugues Aubin aka @Hugobiwan sur Twitter, je suis chaque fois surpris non seulement par ses projets et par les nouvelles qu'il apporte, mais aussi (et surtout) par la ferveur et l'énergie qui l'animent.

Rencontre avec le porteur du projet "LabFab", un FabLab à Rennes, qui a ouvert ses portes l'année dernière, et qui va bientôt employer à temps plein une personne pour accueillir le public.


Petite introduction

Lorsque je lui demande de se présenter en quelques mots, il me tend sa carte : Hugues Aubin, "Chargé de Mission TIC", sous les logos de Rennes Métropole et de la Mairie de Rennes. Sa situation est assez exceptionnelle pour être notée, car elle lui permet de faire le pont entre des activités de la ville, et les activités de toute l'agglomération.

Son lien avec le LabFab ? Il l'a mis en place, en contactant les bonnes personnes, et en réunissant des acteurs locaux qui se posaient déjà les mêmes questions sur les FabLab, les Hackerspaces, et tous ces lieux qui proposent des espaces de fabrication au plus proche des gens.

Parce que le LabFab ne s'est pas fait tout seul ! D'abord, il y a l'Ecole européenne supérieure d'Art de Bretagne , qui prête des locaux pour le LabFab. Et tout comme Telecom Bretagne , l'intérêt pour eux est ce qu'un FabLab apporte aux étudiants.

Il y a la ville de Rennes, ainsi que Rennes Métropole , qui s'intéressent tous deux à ce qu'un FabLab peut apporter à ses habitants. Et n'oublions pas non plus la région Bretagne , qui participe pour des raisons similaires.

Enfin il y a les associations BUG et la Cantine Numérique Rennaise (CNR), centrés sur les communautés et les nouvelles technologies, ce que représente parfaitement le LabFab.

L'expérience du LabFab à Rennes

La question qui revient souvent, me dit-il, c'est comment apprivoiser ces espaces ? Comment les inclure dans la société et dans ses projets ? Parce que même s'il ne fait pas de doute que ces lieux ouverts sont très intéressants, il reste à savoir comment les mettre en place.

À l'origine, le but de l'expérience est d'essayer quelque chose, et d'essayer vite, en investissant peu de moyens d'une part, mais surtout sans attendre quelque chose en retour : ni objectif, ni réussite, ni résultat particulier. Le but est justement de savoir comment ça va se passer, comment l'espace est pris en main, et qui s'y intéresse.


Alors avec juste quelques hommes, des locaux et un peu de matériel, le LabFab est mis en place, avec différents axes de recherche.

Tout d'abord, que le lieu soit utile aux gens qui viennent. Qu'il serve à l'éducation populaire pour accéder au numérique, et aux objets qui touchent à ces technologies. Hugues insiste d'ailleurs sur l'approche de consommation actuelle de la technologie, qui amène selon lui peu d'innovation, et qui bloque l'émergence de nouveaux usages, notamment démocratiques.

Aujourd'hui, Internet sort des PCs, mais il reste l'apanage des spécialistes et de ceux qui savent.

L'école des Beaux Arts formant des étudiants au design, elle cherche à obtenir plus d'intégration dans la fabrique de nouveaux usages, avec les technologies de l'information (réseau, électronique, communication inter-objets, etc.), dans les savoirs dispensés.

Ils veulent générer une dynamique entre les étudiants et l'usage du LabFab.

On retrouve aussi cette notion de mixité que ce soit pour la ville ou Télécom Bretagne : comment faire venir autant des professionnels que Monsieur et Madame tout le monde ? Comment intéresser à la fois des ingénieurs, des chercheurs et des spécialistes ? Des jeunes, vieux, amateurs, néophytes et tous les curieux ?

Il y a une réelle volonté d'attirer tout le monde en même temps.

Les axes de recherche ne manquent décidément pas, et Hugues est intarissable sur le sujet. Il me raconte pêle-mêle que ce projet apporte un tas de questions, que les gens se posent un tas de question : quel va être le regard des experts auprès des amateurs ? Quelles questions est-ce que cela pose, de fabriquer des choses sans brevet, sans règles sur la "propriété intellectuelle" ?

Sans compter que si le LabFab s'inscrit dans un environnement local, il y a une volonté d'essaimer, de faire qu'un écosystème international se développe.

En 2012 à Montréal lors du MakerFair, ce qui se voyait le plus c'était "tout le monde monte son FabLab" !

Le public et le réseau des FabLab

Parce que le LabFab de Rennes, ce n'est qu'un tout petit élément finalement. Depuis début 2012, c'est un véritable réseau de lieux qui est en train de se développer : Hugues me parle du Vietnam, de Québec, de Dakar, ou encore du Burkina Faso, bref, tout un ensemble de pays avec des communautés francophones.

Le problème rencontré aujourd'hui en Afrique, c'est qu'ils apprennent éventuellement leur langue maternelle et le français, mais rarement l'anglais. Alors que les documentations techniques, elles, sont toutes en anglais.

La traduction des documents et le partage de ces traductions, est devenu l'un des objectifs du LabFab.

Parce que le public aujourd'hui est vraiment très hétérogène : j'ai pu moi-même m'en rendre compte avec une petite séance photo lors d'un atelier sur Arduino.

Nous avons des artistes, des vieux bricoleurs, etc. L'année dernière avec la CNR, c'est 26 ateliers que nous avons fait. Et ils ont tous été complets en moins de 48h ! Ça représente plus de 450 débutants qui ont été formés !

Un public hétérogène pour cet atelier du LabFab sur Arduino connecté.

Le succès est au rendez-vous, parce qu'outre les ateliers fréquents, il y a les différents salons auxquels est invité Hugues pour parler du FabLab Rennais :

Entre Laval Virtual et le forum des usages à Brest, Vivacité, nous avons aussi reçu des invitations pour aller à l'étranger. Ce n'était pas prévu du tout à l'origine.


Plusieurs "Starter Kit" sont disponibles pour former les gens sur Arduino.

Hugues ayant un emploi du temps de ministre, l'entretien touche bientôt à sa fin, et il y a encore une question ou deux que je me pose. La première, c'est "comment peut-on utiliser le LabFab ?".

Il n'y a pas de règles très précises. Les gens doivent venir avec un projet, c'est à dire une phrase qui présente le projet et éventuellement un dessin de ce que c'est censé faire, et c'est tout. On ne juge pas des projets, chacun peut faire ce qu'il a envie, et chacun a accès au matériel du LabFab (kit Arduino pour du prototypage, une MakerBot, etc.). On demande seulement à ce que le porteur du projet partage quelque chose en échange.

Intrigué, je lui demande pourquoi cette règle : pourquoi ne pas simplement imposer une licence ou proposer des licences libres - puisque c'est le but.

Les gens qui viennent n'ont pas forcément la culture du logiciel libre ou de Creative Commons. Parfois ils ne savent même pas que ça existe. Alors on leur demande de partager quelque chose : leur produit, une compétence, un savoir ou une petite partie de leur projet. Certains arrivent et savent tout de suite quelle licence utiliser, mais la majorité découvre le concept en venant ici.

Ça laisse songeur…

Le futur du LabFab

Le succès étant au rendez-vous, Hugues est serein pour l'avenir. Il a présenté un rapport d'activité à Rennes Métropole le 21 Décembre dernier, un bilan d'une quarantaine de pages qu'il m'invite à télécharger sur le site du LabFab une fois publié.

Il est plein d'espoir pour 2013, surtout qu'il a obtenu la création d'un poste à temps plein pour l'année. Et puis il y a tellement de projets, et tellement d'expériences à tenter.

Le lendemain de notre entretien, je suis passé à un atelier sur "Arduino connecté", où j'en ai profité pour faire quelques photos. Il y avait quelque chose de magique à voir autour de cette table toutes ces personnes : plusieurs étudiants, un vieux pépé qui a fait de l'électronique, un couple qui vient en apprendre plus, et tous avec des connaissances et compétences très variées.

Si seulement j'avais un peu plus de temps… En tout cas, je vous invite à franchir les portes de ce FabLab, il y a plein de bonnes choses.

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